Le modèle allemand

Par : André

Pour ceux qui croient encore aux vertus du modèle allemand (peu de chômage nous dit la droite et les médias), voici un petit résumé de l’article, paru dans le Monde Diplomatique de septembre 2017, intitulé :Le modèle qui inspire M. Macron – L’enfer du miracle allemand, par le journaliste Olivier Cyran

Suite au processus de dérégulation du marché du travail, appelé Hartz IV, lancé entre 2003 et 2005 par la coalition Parti Social Démocrate (SPD) – Verts du chancelier Gerhard Schröder, les aides sociales et les indemnités des chômeurs de longue durée ont été fusionnées en une allocation forfaitaire unique, d’un montant de 409 euros en 2017 pour une personne seule (368 euros seulement si elle vit avec un autre HartzIV, plus 237 euros pour un enfant de 0 à 6 ans, 291 euros pour un enfant entre 7 et 17 ans et 311 euros pour un adolescent de 15 à 18 ans).

Cette maigre allocation est versée par le Jobcenter local, sorte de pôle emploi, qui jouit d’une grande marge de manœuvre pour exercer un contrôle quasi inquisitorial sur les allocataires. Les menaces de sanction tiennent en permanence l’allocataire à la merci d’un guet-apens : l’article cite plusieurs exemples comme celui de ce berlinois de 63 ans, graphiste de son métier, sommé de se présenter deux jours de suite à 4 heures du matin pour être affecté sur un chantier muni de chaussures de sécurité ou celui de cette femme de 38 ans, éducatrice au chômage, invitée, sous peine de sanctions, à postuler pour un emploi d’agent commercial dans un sex-shop !

L’inspirateur de ces lois, M. Peter Hartz, par ailleurs condamné en 2007 à deux ans de prison avec sursis et à 500 000 euros d’amende pour avoir « acheté la paix sociale chez Volkswagen en arrosant des membres du comité d’entreprise de pots-de-vin, de voyages sous les tropiques et de prestations de prostituées », est invité régulièrement par le MEDEF et a failli être embauché comme conseiller par M. François Hollande. Il écrit maintenant des lettres à M. Macron par presse interposée !

Nul doute que, en France, la casse du code du travail et le renforcement du contrôle des chômeurs , qui se verraient sanctionnés en cas de refus de deux propositions successives, ne soient dans la ligne des « réformes Hartz », dont le président actuel et certains de ses conseillers les plus proches sont de grands admirateurs.

Les syndicats allemands ont accepté sans réagir fort cette dégradation des conditions d’emploi et de chômage et certains syndicalistes avouent au journaliste, à la fin de l’article, qu’ils espèrent que les Français ne feront pas les mêmes erreurs et tiendront bon contre les ardeurs réformatrices de M. Macron car, si la France suit ce mouvement, d’autres attaques seront à prévoir dans les autres pays européens et en Allemagne aussi.

L’article analyse bien la démarche qui a conduit la social-démocratie allemande à dégrader à ce point les mesures sociales, avec la quasi-complicité de certains syndicats (ça ne vous rappelle rien, chez nous ?), ce qui, en retour, à abimé considérablement son image dans l’électorat allemand.

Citons enfin quelques belles phrases prononcées par des sociaux-démocrates allemands dans les années récentes :

« Celui qui peut travailler mais ne veut pas n’a aucun droit à la solidarité. Il n’y a pas de droit à la paresse dans notre société (Gerhard Schröder, 2001) » : fainéant, vous avez dit fainéant ?

« Seul celui qui travaille doit pouvoir manger (Franz Müntefering, 2006)  » : ça, c’est une idée, M. Macron !

« Si vous vous lavez et que vous vous rasez, vous trouverez un boulot ( Kurt Beck, 2006) » : vous avez compris, les filles !

 » Un chercheur l’affirme : 132 euros par mois, c’est suffisant pour vivre ! (Bild, 2008) » : on en reste sans voix !

source: https://www.monde-diplomatique.fr/2017/09/CYRAN/57833